Terr'Azïl Story

Terr’Azïl Story n°2 : Partager, devenir responsables ensemble ?

Partager, en voilà une belle idée qui m’a fait miroiter les yeux. Oui, mais en pratique, est-ce vraiment aussi simple?

Très vite nous avons mis en commun la machine à laver, les voitures, le trampoline, et j’en passe. Parfois même ce sont les gâteaux cuisinés avec amour pour toute la tribu. Les parts disponibles sont plus petites, certes mais tout le monde ici semble ravi·es de faire le goûter avec les copain·es.

Jusque là tout va bien, mais, la chose s’est corsée lorsque j’ai décidé de partager mes livres et mes jeux. J’ai bien senti en moi une tension inconfortable au niveau de mon plexus. D’une part, une envie est bien présente, celle d’aspirer à plus de simplicité et de sobriété et moins de choses dans ma maison.

Mais d’une autre part, j’y tiens très fort aux livres et aux jeux de société dont je vais me « départir » pour les rendre accessibles à tout le monde, c’est cela qui créé cette tension que je sens dans la poitrine .

Je choisis d’aller creuser pour savoir de quoi j’ai vraiment besoin, qu’est-ce qui fait que je ne me sens pas complètement en paix avec mon choix.

Et je découvre que je tiens à l’intégrité des jeux et des livres. Je tiens à pouvoir y jouer en étant rassurée que toutes les pièces seront là, ou que je pourrai relire mes livres favoris. Ce n’est pas de les posséder pour moi qui est important, c’est de savoir qu’ils sont disponibles et traités avec soin. Et si je partage des objets, ils tiendront plus longtemps s’ils sont entretenus.

Je sens que je suis conditionnée par tout un tas de schémas de fonctionnement qui touchent à la confiance en l’autre, en moi et comment j’apprends à dire ce qui est important pour moi. C’est venu toucher mon sens de la propriété aussi. Lorsque c’est à moi, un consensus implicite existe concernant la manière dont mes affaires doivent être soignées. Je me rends compte que j’agis ainsi : j’ai une tendance à être plus attentive à ce qui ne m’appartient pas et à être moins à cheval avec mes propres affaires. Et pourtant j’aime prendre soin de celles-ci. Mais plus j’en ai et moins j’ai de temps pour vraiment le faire et en même temps, j’attends inconsciemment de l’autre qu’il soit au courant du fameux consensus implicite qui l’invite à prendre soin de MES affaires.

J’ai mis le doigts sur ces invraisemblances en moi. Et en même temps, je constate qu’elles sont compatibles. C’est aussi à ce moment-là que je prends conscience de l’importance de notre gouvernance. Et toute la confiance que j’y mets. Nous avons l’espace pour parler des tensions qui émergent et celles-ci sont accueillies grâce à notre cadre sécurisant et bienveillant. J’ai pu observer lors d’un temps de réunion de tensions, où nous étions tous et toutes présentes, comment l’intelligence collective naissait en prenant en compte les particularités de chacun·e.

Du coup, depuis peu, certains de nos livres et jeux sont dans la yourte accessibles à tout le monde avec l’information que j’y tiens et que j’ai envie que l’on en prenne soin. Ainsi, je peux moi-même faire tourner les livres qui restent dans la maison et ceux qui vont à la bibliothèque commune.

Et là, la magie de la libération : j’ai pris conscience que la responsabilité de tous ces objets était répartie entre nous tou·tes et qu’ensemble nous pouvions réparer si quelque chose s’abîmait.

Et j’ai vu les jeux sortis de leur boîte pour être entraînés dans des parties endiablées de « Dobble » ou plus sérieuses de « Citadelle ». J’ai vu les livres faire rêver d’autres yeux que ceux de mes enfants. Et j’ai vu des êtres humains dans la découverte et dans le soin de ce qui est là. Et je me suis vue avec plus d’espace dans ma maison et plus de temps pour vraiment être pleinement présente à ce qui est autour de moi.

Et tout ce que j’avais imaginé en libérant ces objets, une fois les peurs écoutées, et mon plexus libéré, m’a plu. C’est une belle chose pour moi d’apprendre le vivre-ensemble et de pouvoir vivre un bout de mes rêves de douce vie avec ma tribu.

4 réflexions au sujet de « Terr’Azïl Story n°2 : Partager, devenir responsables ensemble ? »

  1. Très beau partage Jade.
    Merci, cela va m aider à avancer sur le terrain de la propriété.
    Je suis très émue de cette sincérité.
    Très bonne journée.

  2. Merci pour ce partage (dans tous les sens du terme.) Et la sincérité de cette mise en mots. J’y vois plusieurs pistes, et plusieurs échos à mon vécu: le questionnement de la propriété, le prendre soin du commun, mais aussi et très simplement le prendre soin d’un livre. Une expérience mienne: à l’occasion d’un séjour dans la famille du Mali, la mise en commun spontanée sans préparation ni accompagnement de livres pour enfants avait abouti à la mise en pièces rapide des livres par les enfants.
    J’entends aussi dans ce que tu dis la résistance au lâcher avant et le soulagement du lâcher après, accompagnés de sensations physiques. Le relai d’un ensemble de personnes au prendre soin de la chose confiée. Car finalement, il s’agit d’une confiance, pas aveugle, pas d’office, mais construite, et dite.

  3. J’adore, je trouve un si bel écho dans ce que tu as écrit. Belle expérience que de réussir à mettre des mots sur de telles émotions souvent enfouies.

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